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Le cheval de courses a-t-il "envie" d'accomplir une performance ?
Bien être équin

Le cheval de courses a-t-il "envie" d'accomplir une performance ?

Publié le 23 mar. 2022
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Quelles sont les conditions d’une performance en course ? Le cheval a-t-il « envie » de gagner ?


Bien que naturellement doué pour la course, parce que sélectionné pour ses aptitudes à la vitesse, le cheval de course ne peut exprimer son plein potentiel sur l’hippodrome que s’il se sent bien physiquement et mentalement. Ce qui passe nécessairement par une préparation physique et des soins quotidiens (alimentation, hébergement, soins vétérinaires…) adaptés, mais également par une relation satisfaisante avec les humains avec lesquels il fait équipe. Si chaque étape est réalisée correctement, cette relation de travail deviendra relation de confiance, coopération, qui débouchera sur le dépassement de l’athlète cheval : son aptitude pour l’effort physique et sa générosité pourront alors s’exprimer sans contrainte. Explications avec les regards complémentaires de différents experts.

« Il faut assurer une relation optimisée sur le plan physique et mental »


Membre de la commission vétérinaire de la FEI (Fédération Equestre Internationale), Présidente de la commission vétérinaire de la FFE (Fédération Française d’Equitation), Présidente du comité scientifique et technique du RESPE (Réseau d’Epidémio-Surveillance en Pathologie Equine), le Professeur Anne Couroucé a été notamment la vétérinaire coordinatrice sur les jeux équestres mondiaux et spécialiste en médecine interne de la clinique équine des Jeux Olympiques de Rio. Elle nous apporte son analyse sur les conditions de performances d’un cheval en compétition.
 

  • Quelles sont les conditions pour que le cheval donne le meilleur de lui-même ?

"Tous les voyants doivent être au vert. Le cheval doit être dans une bonne forme physique et doit être capable de tolérer sans fatigue excessive ce qu'on lui demande. Le cheval doit être dans un environnement qui lui apporte le maximum de bien-être. Un box adapté, la possibilité d'aller au paddock tous les jours, un exercice en adéquation avec son âge et son niveau. L'alimentation doit également être adaptée. Si l'un de ces points n'est pas respecté et suivi avec précision, cela se traduira par l'apparition d'un problème qui ne permettra pas une performance optimale."
 

  • Si l’entraînement d’un cheval en bonne santé n’est pas adapté ou si le travail demandé est trop difficile, comment exprime-t-il physiquement cet inconfort ?

"Le cheval, tout comme l'athlète humain de haut niveau, peut-être fatigué voire surentraîné. Dans ce dernier cas, il va le manifester par un changement de comportement. Les signaux existent pour ne pas dépasser les limites. Ce syndrome se traduit par une baisse prolongée et persistante du niveau de performance malgré le maintien ou l'augmentation des charges d’entraînement. Il n'existe pas de marqueurs biologiques que l'on peut évaluer avec une prise de sang de ce syndrome mais il s'observe par ses conséquences physiques et psychiques tant chez l'homme que chez le cheval."
 

  • Un athlète humain serait susceptible de dissimuler un stress, un inconfort psychique et tenter malgré tout de réaliser une performance sportive. Le cheval est-il susceptible d’agir ainsi ?

"Non, le cheval est incapable de dissimuler. Il peut être contraint à effectuer un exercice tout en ayant, un inconfort physique ou psychique mais son comportement sera complètement différent de celui qu'il a normalement et il ne sera pas en mesure de livrer une performance sportive. Au contraire, il exprimera son mal-être par une contre-performance qui signifiera à son entourage qu'il convient de vérifier par un examen vétérinaire ce qu’il y a d’anormal."
 

  • Si je comprends bien, l’homme qui attend d’un cheval une performance sportive, n’a pas d’autre choix que de lui assurer une relation optimisée à la fois sur le plan physique et mental ?

"Effectivement. Si le cheval n'est pas correctement préparé, il sera fatigué et, tout comme un sportif humain, le risque de blessure augmentera. Si le cheval n'est pas bien au niveau mental, jamais il ne se surpassera pour arriver à la performance. Il sera contre-performant et l’entourage sera déçu. Tout comme l'homme, le cheval a besoin d'être à 100% d'un point de vue physique et mental pour atteindre la performance."
 

Dossier RaceAndCare
L'alimentation d'un cheval de courses doit être adaptée


« Créer un cercle vertueux basé sur la reconnaissance »
 

Sociologue à l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRAE), Jocelyne Porcher travaille sur les relations de travail entre les animaux et les humains. Elle nous explique comment définir cette relation entre l’homme et le cheval.

  • Quelle est la base de cette relation de travail entre humains et chevaux ?

"La base de la relation de travail  entre humains et chevaux est la même que pour tout animal domestique. La domestication, c’est la dynamique de nos relations de travail avec les animaux. Qu’est-ce que le travail d’un cheval de course ? Il s’agit de produire un « service », comme un chien d’aveugle ou un animal de cirque qui produit un spectacle par exemple ; c’est différent d’une vache qui produit des biens alimentaires. Il faut comprendre ce que l’on retire de ce travail et ce qu’en retire le cheval par rapport à son coût physique et psychique. L’enjeu est que la relation soit équitable, avec une satisfaction aussi pour le cheval.

Le cheval de course est un athlète et son travail est de réaliser une performance. Il connaît donc les bénéfices d’une carrière d’athlète mais aussi ses difficultés : une pression certaine et un engagement physique fort. Ce qui est important, c’est que, une fois la course finie, le cheval retire une satisfaction de son effort et en soit récompensé. Pour un cheval, le travail demandé sera un engagement positif si la reconnaissance qu’il en retire est au moins équivalente à l’effort qu’il a fourni."
 

  • Peut-on parler de coopération de la part du cheval ?

"La coopération est justement l’enjeu. Si elle n’existe pas entre le jockey et le cheval au départ de la course, cela n’ira pas. La course doit être menée à la fois par le cavalier et par le cheval lui-même qui doit avoir envie de faire cet effort.  Le cheval est capable de faire cet effort s’il y a un enjeu pour lui, s’il sait qu’il est dans une dynamique positive avec les humains. Le travail, pour les hommes comme pour les humains, c’est ce qui permet d’aller au bout de son potentiel. Chaque animal a un potentiel : il faut lui permettre de l’exprimer et qu’il en ressente de la  satisfaction. Alors, la fois suivante il sera encore plus engagé dans son travail  C’est un cercle vertueux qui passe par la reconnaissance du travail effectué, une reconnaissance qui prend place dans une  organisation du travail qui en tient compte pour les chevaux comme pour les humains qui travaillent avec eux.."

 

Dossier RaceAndCare
La coopération entre jockey et cheval est incontournable pour envisager une performance


« Il faut être attentif au comportement »

 

Entraîneur de trotteurs à Grosbois, Gilles Curens nous explique comment il faut entretenir la relation entre l’homme et les chevaux au quotidien.

  • Sentez-vous que la notion de compétition est acceptée par les chevaux ?

 "A 90 %, les chevaux ont cette envie de compétition. A partir du moment où ils sont bien élevés et entraînés, ils sont coopératifs. Si tel n’est pas le cas, c’est qu’il y a un souci de santé qui n’a pas été détecté. C’est à l’entraîneur de le remarquer. Quand un cheval ne réalise pas sa valeur, c’est qu’il y a une raison physique. Ce n’est pas qu’un cheval ne « veut pas », c’est qu’il ne « peut pas ». Soigné, il peut ensuite redonner sa pleine mesure. Quand on connaît son cheval, on doit remarquer des changements de comportements au quotidien. Il faut être attentif."
 

  • Le rôle de l’entraîneur est déterminant pour cela ?

"Oui, car c’est à l’entraîneur de donner cette envie, à travers par exemple des exercices différents. Il faut être inventif pour que le travail ne soit pas une contrainte. Le moral joue un rôle très important. Quand on s’occupe bien d’un cheval, avec une alimentation adéquate et avec le respect qui lui est dû, tout se passe pour le mieux."

 

RaceAndCare n°6
Santé physique et psychique, condition sine qua non à l’envie de performer