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L'hippodrome du mois
Interview

L'hippodrome du mois

Publié le 23 Sep. 2026
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Depuis plus de 170 ans, la Société des Courses d’Agen fait vivre les courses hippiques au cœur du Sud-Ouest. Installé depuis 50 ans sur le site de La Garenne, l’hippodrome accueille des réunions de trot et de galop et a vu défiler au fil des décennies quelques-uns des plus grands champions et jockeys, notamment à l’occasion du Grand Prix du Sud-Ouest de Trot.

À sa tête, Jean-Philippe Semeillon défend avec passion un hippisme de proximité, porté par une équipe de bénévoles engagés. Attaché à l’histoire et aux traditions de l’hippodrome, mais également attentif à son évolution et à l’arrivée de nouveaux publics, il partage sa vision des courses en région et de l’hippodrome de demain.

  • Vous êtes président de l’Hippodrome d’Agen depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui continue, aujourd’hui, à nourrir votre engagement et votre passion pour les courses hippiques ?

Je pense que la réponse est un peu dans la question : passion et engagement !

On évolue dans un système particulier, où des bénévoles doivent se donner beaucoup de mal pour satisfaire les exigences, la plupart du temps légitimes, de professionnels qui vivent de ce système. Sur le papier, il n’y a pratiquement que des coups à prendre, mais au final, on prend beaucoup de plaisir quand tout se passe bien.

Le moteur est donc la passion pour les courses hippiques et un engagement total pour faire avancer la filière.

Jean-Philippe Semeillon (à droite) lors de la remise du Prix RaceAndCare

 

  • Historiquement, quels sont les principaux faits ou événements qui ont marqué l’histoire de l’Hippodrome d’Agen ?

La Société des Courses d’Agen a plus de 170 ans et nous avions édité un livre en 2020 retraçant son histoire. Mais cela fait 50 ans que nous avons posé nos valises sur le site de La Garenne, anniversaire célébré en 2024 en remémorant les grands souvenirs de l’hippodrome.

Parmi eux, les champions des Grands Prix du Sud-Ouest de Trot et les grandes cravaches parisiennes au galop occupent une place particulière. Organisé tous les quatre ans, le Grand Prix du Sud-Ouest de Trot a permis aux turfistes régionaux de voir les plus grands champions et a contribué au rayonnement des courses auprès du grand public. Idéal du Gazeau, Lutin d’Isigny ou encore Sea Cove ont ainsi foulé notre piste et remporté cette épreuve la même année que le Prix d’Amérique.

Une belle passerelle qui, malheureusement, n’a pas perduré. Je regrette que les grands professionnels jouent moins le jeu aujourd’hui, même si certains restent fidèles au circuit. Les carrières de nos cracks sont certes millimétrées, mais les présenter aux turfistes de province serait désormais plus facile et dans l’intérêt de tous.

Au galop, nous avons bénéficié du soutien indéfectible de la légende agenaise Yves Saint-Martin, qui participait au Grand Prix de Plat d’Agen et amenait avec lui des vedettes parisiennes et internationales. Le crack jockey australien Bill Pyers a même remporté une course de plat et une course au trot lors de la même réunion.

Enfin, en 1975, nous avons organisé la première course à l’attelé réservée aux dames, alors qu’elles étaient encore interdites de pelotons. Quand on voit le chemin parcouru depuis par les femmes dans la profession, c’est une belle satisfaction d’avoir, à notre manière, apporté une petite pierre à l’édifice.

  • Quel bilan tirez-vous de la première partie de saison écoulée et dans quel état d’esprit abordez-vous cette fin d’année ?

Trois quarts de notre calendrier se sont déroulés au premier semestre, avec en point d’orgue une étape du GNT mi-juin, et le public a répondu présent pour cette première partie de saison. En termes de bilan, bien entendu, on regrette de ne pas avoir réussi à proposer aux parieurs le Quinté sur l’étape du GNT, par manque de partants. Sans chercher d’excuses, cette date du GNT n’est peut-être pas idéale pour l’étape du Sud-Ouest, car la canicule limite les déplacements, et il est fort probable que les années à venir ressemblent à 2026. Une date plus avancée dans la saison serait probablement plus favorable.

Cette année, nous n’avons pas d’événement sportif majeur au second semestre, qui se partagera entre nos réunions PMH de trot et de galop. Mais ce n’est pas pour autant que nous n’allons rien faire : nous sommes en plein préparatifs de la journée « Jeunesse aux champs », qui constitue chaque année une date importante pour notre hippodrome.

  • Vous avez mis en place l’opération « Gagnez 10 % d’un cheval de course », qui vise à démocratiser et à promouvoir l’accès à la propriété dans le monde des courses. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette initiative ?

Nous avons proposé cette opération à deux reprises, pour le GPSO en 2024 et pour l’étape du GNT cette année, et elle a connu à chaque fois un bel engouement. Ce jeu-concours, ouvert à tout titulaire d’une licence ou d’un agrément auprès de la SETF, avait pour premier objectif d’offrir à nos turfistes passionnés une occasion unique de réaliser le rêve de tous les amoureux du Trot : devenir copropriétaire d’un cheval de course, chacun à hauteur de 10 %, sans aucun investissement ni frais à prévoir pendant sa carrière de course.

Nous souhaitions également leur permettre de vivre cette expérience de façon privilégiée, que ce soit dans le choix du cheval à gagner, puisque nous avons essayé, dans la mesure du raisonnable, de proposer un yearling de qualité, ou dans le choix du futur entraîneur, puisque nous avons réalisé ce concours en partenariat avec Richard Westerink. Finalement, nous ne nous sommes pas adressés qu’à nos turfistes, car ce jeu-concours a également attiré un nouveau public, venu pour la première fois sur un hippodrome pour tenter sa chance, sans forcément connaître notre univers.

Nous avons ainsi lancé 10 novices et leur entourage dans cette belle aventure du propriétariat d’un cheval de course. 

  • Vous multipliez également les animations à destination des familles et des enfants, notamment avec « Jeunesse au champ », le dimanche 20 septembre. Pouvez-vous nous expliquer le concept et les objectifs de cette opération ?

Le 20 septembre dernier s’est déroulée la 21e édition de la journée « Jeunesse aux champs ». Pour la rentrée, nous proposons chaque année, en partenariat avec les associations sportives et culturelles locales, cette manifestation placée sous le signe de la convivialité, du spectacle et de la découverte.

Elle permet aux jeunes de découvrir les activités proposées par les différentes associations et, par la même occasion, la nôtre. Cette journée, qui connaît chaque année un franc succès auprès des familles, se veut à la fois festive et pédagogique. 
 

 

  • Aujourd’hui, un hippodrome est devenu un véritable acteur de son territoire, bien au-delà de la simple organisation de courses hippiques. Entre enjeux environnementaux, diversification économique et dynamique événementielle, comment percevez-vous l’évolution de ce modèle et quels sont, selon vous, les principaux défis à relever ?

À mon sens, le principal défi est de maîtriser les coûts et les investissements afin que le maximum d’hippodromes puisse s’adapter. Les enjeux environnementaux sont essentiels et il faut vivre avec son temps, d’autant que nos hippodromes s’inscrivent naturellement dans cette démarche. Mais il ne faut pas non plus être trop rigoriste, car les difficultés de la filière ne permettent plus les excès.

Face aux évolutions climatiques, notamment aux canicules et à la gestion de l’eau, une adaptation souple du calendrier serait peut-être préférable à une transformation coûteuse de tous les hippodromes pour les rendre compatibles avec toutes les conditions climatiques, le bien-être de nos chevaux restant la priorité.

Concernant la diversification, nos sites sont clairement sous-utilisés et il est légitime de chercher de nouvelles sources de revenus. Mais il faut avancer avec prudence, en fonction des besoins des territoires, sans que cela devienne une fin en soi. Notre rôle premier reste l’organisation des courses hippiques, qui fait de nos hippodromes la vitrine de la filière et un formidable vecteur de vocations.

  • Si vous aviez aujourd’hui carte blanche pour imaginer l’hippodrome d’Agen de demain, quelles seraient les évolutions ou les nouveautés que vous aimeriez mettre en place ?

Malheureusement, les difficultés actuelles ne sont pas très propices aux cartes blanches. Bien sûr, on aimerait moderniser nos infrastructures et améliorer l’accueil du public, mais je pense que nos turfistes restent attachés à nos hippodromes tels qu’ils sont. D’ailleurs, leur fréquentation est repartie à la hausse.

A minima, la digitalisation doit rapidement progresser pour ne pas rebuter les jeunes générations, mais les plus anciens continueront de préférer la palpation d’un petit billet récupéré au guichet. Nous risquerions donc de perdre du monde en chamboulant trop vite nos habitudes.

Nous privilégions ainsi l’évolution à la révolution, en conservant notre base de turfistes tout en attirant les familles avec des animations spécifiques et les jeunes avec des animations musicales. Un virage se profile néanmoins : il serait intéressant de dessiner une véritable vision de l’hippodrome à 15 ou 20 ans, même s’il est difficile d’en faire aujourd’hui une projection réaliste intégrant toutes les évolutions sociétales.

  • Pour terminer sur une note plus personnelle : quel est votre cheval de légende, et pourquoi ?

Bien sûr, les premiers souvenirs que l’on peut avoir de sa jeunesse sur les champs de courses sont indélébiles. Pour moi, l’époque des Bellino II, Eleazar, Fakir et Hadol du Vivier, Ideal du Gazeau me laisse encore rêveur, sans oublier Ourasi, qui, je pense, est malheureusement le dernier trotteur à avoir laissé une véritable empreinte auprès du grand public.

Mais pour laisser de côté le « c’était mieux avant », je vais opter pour un peu plus contemporain. C’est peut-être un peu chauvin, mais il reste tout à fait légitime d’avancer le nom de Timoko. Certes, il manque une course à son palmarès, et il s’en est fallu de très peu, mais sa carrière est remarquable. On ne sait d’ailleurs plus trop si c’est sa précocité, sa longévité, sa vitesse ou son mental qu’il faut mettre en avant !

  • Parmi la jeune génération, quels sont les jockeys ou drivers que vous voyez comme de futurs prétendants à un Sulky d’Or ou à une Cravache d’Or ?

Régionalement, ce n’est pas très original, mais je trouve que Louis Goetz se détache du lot. Il est naturellement doué et semble apprendre très vite. Il devrait affoler les compteurs dans la région, et on peut lui souhaiter, à terme, de tirer son épingle du jeu au niveau national.

  • Si vous deviez convaincre, en une phrase, quelqu’un qui ne connaît pas les courses hippiques de venir découvrir l’Hippodrome d’Agen, que lui diriez-vous ?

Tout simplement, venir assister à un véritable spectacle, avec des athlètes de haut niveau, dans un cadre verdoyant et dans la convivialité du Sud-Ouest.

  • Un dernier mot ou une phrase pour conclure ?

Le mot, c’est « Province ». J’en suis un fervent défenseur et, dans toutes les activités que j’ai pu exercer au sein de la filière, j’ai toujours milité pour que le plus de professionnels possible courent le plus de chevaux possible sur le plus d’hippodromes possible. C’est plus facile à dire qu’à faire et ce n’est pas la direction la plus simple à prendre, mais je suis persuadé que c’est un état d’esprit à conserver.
 


Prochaine réunion hippique : dimanche 4 octobre 2026