La Newsletter #RaceAndCare
La récupération active : un enjeu majeur pour la performance et le bien-être des chevaux de course

La récupération active : un enjeu majeur pour la performance et le bien-être des chevaux de course

Si vous ne pouvez pas visualiser ce message, consultez notre version en ligne
Fédération Nationale des Courses Hippiques Newsletter #20 La Newsletter #RaceAndCare France Galop LeTrot
Juin 2026
Au sommaire
 
La récupération active : un enjeu majeur pour la performance et le bien-être des chevaux de course

Nous ne cessons de le répéter : les chevaux de course sont des athlètes à part entière. Quelle que soit leur discipline – trot, plat ou obstacle –, ils ne peuvent être performants sans de réelles aptitudes physiques et des entraînements rigoureux. Leur réussite sur l’hippodrome est le fruit d’une préparation minutieuse et d’une récupération adaptée.

À l’image d’un cycliste qui pédale sur un home-trainer après une étape du Tour de France, il est dans leur intérêt de ne pas interrompre brutalement leur effort après une course. Cette étape s’est toujours traduite par de la marche, au calme, au sein des écuries des hippodromes. Mais depuis 17 ans, l’équipe vétérinaire du GTHP a mis en place un protocole de récupération active sur les hippodromes d’obstacle parisiens. La vétérinaire Isabelle Guizien nous explique les bienfaits de cette pratique.

Pourquoi avoir mis ce protocole en place ?

Isabelle Guizien : « Nous avons mis en place la récupération active en obstacle pour réduire le nombre de malaises après course, car c’est dans cette discipline que les chevaux sont confrontés aux efforts les plus longs et les plus intenses. Ce sont comme des courses de fond pour les humains. D’ailleurs, la récupération active est préconisée pour nous ; pourquoi ne le serait-elle pas pour les chevaux, qui sont eux aussi des athlètes ? »

En quoi consiste-t-il exactement ?

Isabelle Guizien : « Avant 2009, en obstacle, il n’existait que la marche dans les écuries associée à la douche, qui sont considérées comme des formes de récupération passive. Depuis 17 ans maintenant, nous demandons aux jockeys d’obstacle de faire trotter leurs montures, idéalement pendant 10 minutes, rênes longues, aussitôt le poteau franchi. Les vétérinaires se tiennent toujours en sortie de piste, prêts à accompagner un cheval qui aurait besoin d’être placé dans le sas de récupération. »

Quels bienfaits avez-vous remarqués ?

Isabelle Guizien : « Les malaises ont diminué de 90 % ! En continuant de trotter après l’effort, les chevaux voient d’abord leur rythme cardiaque baisser. Il faut s’imaginer qu’il passe de 40 battements par minute au repos à plus de 200 après une course d’obstacle ! Leur souffle et leur température corporelle peuvent également redescendre progressivement.

Lors d’un effort intense, les muscles produisent de l’acide lactique qui, en trop grande quantité, empêche une oxygénation correcte des muscles et provoque des crampes. En trottant, les chevaux font travailler d’autres groupes musculaires, laissant ceux qui viennent d’être sollicités au repos, ce qui favorise l’élimination de ces toxines.

Les bienfaits se constatent également sur le long terme, car la course suivante se prépare dès la récupération. On oublie trop souvent que le cœur est un muscle. Certains chevaux qui ne récupèrent pas correctement peuvent ne jamais retrouver leur meilleur niveau. »

Quelles améliorations pourrait-on encore apporter ?

Isabelle Guizien : « Il faudrait sensibiliser davantage les professionnels afin de rendre la récupération active systématique dans toutes les disciplines. Au trot, les professionnels la pratiquent déjà naturellement en effectuant un tour supplémentaire à allure modérée. En plat, j’aimerais que cela soit également mis en place. Peut-être faudrait-il en parler dès la formation des apprentis à l’Afasec et lors des stages de licence d’entraîneur. »

L’avis des professionnels


Mickaël Seror, entraîneur de galopeurs : 

« Dans tous les sports, aucun humain ne s’arrête brutalement après un gros effort. Il est donc évident qu’il doit en être de même pour les chevaux. Je suis favorable à la récupération active, en trottant doucement ou en marchant activement, mais dans un contexte favorable, c’est-à-dire à l’ombre lorsqu’il fait chaud et toujours sur un sol stable. Je pense également qu’il faut être à l’écoute de ses pensionnaires, car certains peuvent en avoir davantage besoin que d’autres.

En plat, on demande aux jockeys de s’arrêter le plus loin possible du poteau. Ils ne repartent pas immédiatement : ils marchent d’abord un peu leurs partenaires avant de rentrer au galop de chasse. Pour ma part, cela me paraît suffisant, mais, encore une fois, il faut s’adapter au cheval et au contexte. »

Louis Baudron, entraîneur de trotteurs et de galopeurs : 

« J’ai très tôt appris à accorder une longue récupération après la course à mes trotteurs ou à demander à mes drivers de le faire. Pour moi, cette pratique est normale, voire naturelle. À Vincennes, par exemple, lorsqu’on effectue un tour supplémentaire, cela représente près de 2 000 mètres de récupération au petit trot.

On le constate : c’est devenu une habitude chez les drivers, et c’est très bien ainsi. Il faut également préciser que c’est déjà le cas à l’entraînement : après le travail, il y a toujours une phase de récupération active et parfois même une séance de marcheur au pas.

C’est une bonne chose d’avoir instauré cette pratique en obstacle, car passer directement au pas après un effort intense et prolongé peut paraître brutal. En plat, je vois également les jockeys s’arrêter assez loin, revenir tranquillement, et je pense que cela est suffisant puisque les chevaux marchent beaucoup ensuite. »

Un livre pour mieux comprendre le cheval de course et réussir sa reconversion

Gérante de la structure de reconversion l’Écurie Winkelbach, à Hengwiller dans le Bas-Rhin, Nathalie Dietrich a écrit "Reconversion du cheval de course, mode d’emploi", en collaboration avec Amélie Hein. Compagnon de route des (futurs) propriétaires de chevaux reconvertis, cet ouvrage se veut un véritable guide consacré au pur-sang.

Dans quel contexte est née l’envie d’écrire ce livre ?

Nathalie Dietrich : « Nous plaçons environ 100 chevaux par an, ce qui est un chiffre suffisamment conséquent pour nous permettre d’identifier certaines tendances. Nous nous sommes notamment aperçues que de nombreux futurs propriétaires avaient des a priori sur les chevaux de course. Mais d’où vient cette mauvaise réputation ?

Dans la plupart des cas, j’ai constaté que les gens achetaient directement auprès des entraîneurs, sans passer par la case écurie de reconversion. Il n’y a alors aucune transition pour le cheval entre la vie qu’il a toujours connue et celle qu’il va découvrir. »

Pourquoi avoir consacré un chapitre entier à l’univers des courses ?

Nathalie Dietrich : « Face à ce constat, il nous semblait évident de proposer un condensé sur les courses afin de donner aux lecteurs des clés de compréhension et des connaissances sur cet univers. Nous voulions un livre à la fois accessible, abordable et compréhensible par tous.

Les gens doivent comprendre qu’un pur-sang qui a passé sa vie à être choyé dans une écurie de course, environnement structuré et serein, ne peut pas immédiatement vivre dans des conditions totalement différentes. C’est tout son organisme qui a besoin de temps pour s’adapter, y compris son système immunitaire.

Je prends souvent cet exemple : imaginez que, du jour au lendemain, on vous mette dehors, sans vêtements ni chaussures, tout en réduisant considérablement votre alimentation. Comment le supporteriez-vous ?

Il existe une réelle méconnaissance du cheval de course, qui peut conduire à des erreurs et à des incompréhensions. J’ai d’ailleurs récemment reçu des élèves d’une école d’ostéopathie : sur douze étudiants, seuls quatre connaissaient réellement les pur-sang.

Paradoxalement, ce sont parfois les cavaliers les plus expérimentés qui adoptent les attitudes les plus contre-productives. Ils pensent pouvoir monter immédiatement un pur-sang de façon classique, l’attacher à une porte de box ou encore lui demander les mêmes choses qu’à un cheval ayant toujours vécu dans un environnement de loisirs. Nous voulions également que les cavaliers cessent de considérer les pur-sang comme des lions, alors qu’ils sont manipulés quotidiennement depuis leur naissance. »

Votre livre semble être bien plus qu’un guide sur la reconversion. Il aborde aussi largement la relation entre l’humain et le cheval...

Nathalie Dietrich : « Oui, car je pense qu’il devrait y avoir une véritable remise en question de l’humain dans sa relation à l’animal en général.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes sont tellement tendues qu’elles manquent de confiance, et cela se ressent dans leur manière d’approcher les chevaux.

Je n’aime pas, par exemple, l’expression "L’homme qui murmure à l’oreille des chevaux", car elle place l’humain en position de sachant. Or ce n’est pas le cas. Nous devons remettre en question notre façon de travailler avec eux, de les comprendre et de communiquer avec eux.

Tout cela devrait être enseigné en même temps que l’apprentissage de l’équitation. Il faut accorder du temps aux chevaux, et d’autant plus lorsqu’ils traversent une reconversion qui ressemble finalement à une reconversion professionnelle pour nous.

Nous n’apprenons pas un nouveau métier du jour au lendemain, dans un environnement inconnu. Nous avons besoin d’un temps d’adaptation. Pour eux, c’est exactement la même chose. »

Si les lecteurs ne devaient retenir qu’une seule chose de votre ouvrage, quelle serait-elle ?

Nathalie Dietrich : « J’aimerais que l’on soulage les chevaux de course de cette mauvaise réputation qu’ils traînent comme un boulet. J’aimerais surtout qu’on leur accorde le temps nécessaire pour s’épanouir dans leur nouvelle vie. »

Découvrir le livre
La vie après les courses

Née dans l’univers des courses, Prescylia Salque a été jockey-driver et nourrit depuis toujours un amour inconditionnel pour les trotteurs. Si, sur les hippodromes, on la voit surtout aux petits soins pour le champion Inexess Bleu, en coulisses, elle s’occupe de ses chevaux retraités, de ses poulinières et gère également une structure de reconversion qu’elle a baptisée « Trot de Love ».

Pourquoi avoir créé « Trot de Love » ?

Prescylia Salque : « J’ai fini par créer ma structure de reconversion car, partout où j’ai travaillé, j’ai récupéré un cheval. Je m’attache énormément à eux et j’aime savoir ce qu’ils deviennent lorsque leur carrière est terminée. Pour tout ce qu’ils ont accompli à nos côtés et pour tout ce qu’ils nous ont apporté, ils méritent une reconversion digne de ce nom. »

D’où viennent les chevaux que vous placez ?

Prescylia Salque : « Avec ma structure de reconversion Trot de Love, je place systématiquement les trotteurs qui m’appartiennent ainsi que ceux de mon mari et de mon beau-frère, Léo. De plus en plus, je m’occupe également des chevaux entraînés par mon beau-père.

Souvent, je remarque que les propriétaires sont pressés de placer leurs chevaux. Pourtant, personnellement, je n’ai jamais mis plus d’un mois pour leur trouver une nouvelle famille. Ce qui est encourageant, c’est qu’ils ont de plus en plus le réflexe de la reconversion. Je reçois d’ailleurs désormais des demandes de placement provenant de propriétaires extérieurs. »

Que se passe-t-il entre l’arrêt de la compétition et le moment où vous leur trouvez une famille ? Et comment trouvez-vous ces nouveaux propriétaires ?

Prescylia Salque : « Grâce au bois et au point d’eau dont je dispose, j’essaie de les désensibiliser au maximum en leur faisant découvrir des situations qu’ils n’ont encore jamais connues en tant que chevaux de course.

C’est assez facile avec les trotteurs, car ce sont des chevaux rustiques qui s’adaptent à tout, et ce depuis leur plus jeune âge. Les familles qui me contactent le font généralement via les annonces que je publie sur les réseaux sociaux ou par le bouche-à-oreille. Pour ma part, je les choisis beaucoup au feeling, tout en imposant certaines conditions.

Comme ma structure est affiliée à Passerelle, j’établis un contrat avec les nouveaux propriétaires. Celui-ci interdit notamment de vendre les chevaux à la boucherie ou de les faire recourir. J’exige également que les chevaux aient accès à un pré et qu’ils vivent en groupe. Enfin, je demande systématiquement à recevoir des nouvelles. Les personnes jouent le jeu, ce qui me met du baume au cœur.

D’ailleurs, aucun cheval placé n’a suivi le même parcours : certains évoluent aujourd’hui en obstacle, d’autres pratiquent la randonnée. Cela ne m’étonne pas, car les trotteurs sont particulièrement polyvalents. »

Quel est le placement qui vous a le plus marquée ?

Prescylia Salque : « Celui d’Obama, qui a aujourd’hui 24 ans. C’est une ancienne jument de course qui est ensuite devenue poulinière. Une amie recherchait un vieux cheval pour tenir compagnie au sien, qui était du même âge. On peut dire que les deux sont devenus inséparables ! C’est probablement le placement dont je suis la plus fière. »

Aimeriez-vous agrandir votre structure ?

Prescylia Salque : « Oui, mais seulement si je peux être aidée, car cela représente beaucoup de travail. J’aimerais surtout que la reconversion des trotteurs soit davantage mise en lumière auprès des propriétaires de chevaux de course. Montrer leur nouvelle vie permettrait sans doute d'ancrer encore davantage le réflexe de la reconversion et de la rendre toujours plus systématique. »

Articles de Presse
Grandprix.info - 6 mai 2026 

L’IFCE réédite son ouvrage sur le bien-être équin

L’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) annonce la sortie de la nouvelle édition de l’ouvrage “Le Bien-être des équidés, de la science à la pratique”. Enrichie de dix années de recherches scientifiques, ce guide de connaissances s’impose comme un outil important pour tous les acteurs de la filière, des professionnels aux amateurs passionnés. Pensé comme un outil pédagogique et pratique, cet ouvrage répond aux nombreuses interrogations liées aux conditions de vie, de travail et de sport des équidés. Alimentation, hébergement, santé, comportement ou encore réglementation. 

Letrot.com - 19 mars 2026

La SETF reconduit ses partenariats en faveur de la reconversion des trotteurs français

"Cette dynamique se poursuivra en 2026 avec plusieurs projets ambitieux. L'association Passerelle travaille notamment à la création d'une plateforme intranet destinée à centraliser les démarches liées à la reconversion des chevaux. Cet outil, doté d'accès personnalisés selon les profils (propriétaires, acquéreurs, structures de reconversion ou SETF), permettra de faciliter le suivi des dossiers et le partage de documents. De son côté, la Fédération Française de la Reconversion poursuit le programme «Ambassadeurs », lancé en 2025, qui met en avant dix cavaliers de loisir et de compétition présentant leurs chevaux reconvertis, issus des filières du trot et du galop. L'association prépare également un week-end de formation dédié aux cavaliers de chevaux reconvertis, prévu en septembre à Fontainebleau, ainsi qu'une « rando des réformés » organisée en août en partenariat avec les Chevauchées Briardes."

Sciencesetavenir.fr - 14 janvier 2026

La peur humaine "contamine" le comportement des chevaux

"Empiriquement, on a souvent dit que les chevaux peuvent sentir notre peur, et bien c’est vrai, et au premier sens du terme !", remarque auprès de Sciences et Avenir l'éthologue Léa Lansade, directrice de recherche à l'Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (INRAE) et co-auteure d'une nouvelle étude sur le sujet. Publiée le 14 janvier 2026 dans la revue Plos One, celle-ci apporte la preuve que la peur d'un être humain peut "contaminer" un cheval physiologiquement mais aussi comportementalement."

Suivez l'actualité
#RACEANDCARE
www.fnch.fr Suivez-nous sur linkedin
Fédération Nationale des Courses Hippiques
15 boulevard de Douaumont - 75017 PARIS
Tél. 01 42 68 87 81
Equidia France Galop GTHP Le trot
Vous ne souhaitez plus recevoir d'e-mails de notre part ?
Vous pouvez vous désinscrire de la lettre d'information.